Le peuple kurde : un siècle de souffrance que le monde ne peut plus ignorer

chatgpt image jan 31, 2026, 05 09 37 am

Pour de nombreux Français, le peuple kurde est apparu brièvement dans l’actualité mondiale lors de la lutte contre le groupe terroriste État islamique. Les images de combattantes et combattants kurdes défendant des villes comme Kobané ont marqué les esprits. Pendant un instant, la communauté internationale semblait reconnaître leur courage et leur sacrifice.

Mais cet instant fut de courte durée.

Car la souffrance du peuple kurde n’a pas commencé avec l’État islamique — et elle ne s’est pas arrêtée avec sa défaite. Elle s’inscrit dans une histoire bien plus longue, faite de persécutions, de déplacements forcés et de trahisons répétées par la communauté internationale.

Les Kurdes constituent le plus grand peuple sans État au monde. Plus de 40 millions de personnes réparties entre la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran — divisées par des frontières imposées, souvent gouvernées par des États qui ont nié leur identité, leur langue et leurs droits fondamentaux. Pendant des décennies, parler kurde, porter un nom kurde ou enseigner sa culture a été considéré comme un crime.

Des villages entiers ont été détruits.
Des civils ont été gazés.
Des familles entières ont disparu dans des fosses communes, sans justice ni reconnaissance.

Dans le nord-est de la Syrie, une région connue sous le nom de Rojava, un projet politique rare a vu le jour au cœur de la guerre. Tandis que le pays sombrait dans la violence, les communautés kurdes ont tenté de bâtir une administration fondée sur la démocratie locale, l’égalité entre les femmes et les hommes, et la coexistence entre les peuples. Kurdes, Arabes, chrétiens et Yazidis gouvernaient ensemble. Les femmes y occupaient des postes de pouvoir réels, et non symboliques.

Ce projet était fragile.
Il était imparfait.
Mais il représentait un espoir.

Lorsque l’État islamique avançait, ce sont les forces kurdes qui se sont dressées face à lui — souvent mal équipées, lourdement touchées, mais déterminées. Des milliers de Kurdes ont perdu la vie en défendant non seulement leur terre, mais aussi la sécurité de l’Europe.

Une fois la menace terroriste contenue, la protection internationale s’est retirée.

Ces derniers mois, les régions kurdes du nord de la Syrie ont de nouveau été la cible d’offensives militaires, de sièges et de déplacements massifs de populations. Les civils paient le prix le plus lourd. Des quartiers ont été détruits, l’accès à l’eau, à l’électricité et au chauffage a été coupé, et des familles ont été contraintes de fuir en plein hiver. Des enfants sont morts de froid et de pénurie — aujourd’hui, pas dans un passé lointain.

Il ne s’agit pas d’un simple conflit régional.
Il s’agit d’une épreuve morale.

La France se réclame de la défense des droits de l’homme, des minorités et du droit international. Pourtant, face au sort du peuple kurde, ces principes ont trop souvent été sacrifiés au nom de calculs politiques et diplomatiques.

Les Kurdes ne demandent pas à la France ni au monde de mener leurs guerres.
Ils demandent reconnaissance, protection et justice.
Ils demandent le droit fondamental d’exister sans être persécutés.

Pour le public français, cette réalité doit interpeller. Un peuple qui a contribué de manière décisive à la lutte contre le terrorisme ne devrait pas être abandonné une fois devenu politiquement encombrant. Le silence face à l’injustice affaiblit les valeurs que l’Europe prétend défendre.

L’Histoire jugera ceux qui ont commis des crimes.
Mais elle jugera aussi ceux qui savaient — et ont choisi de se taire.

Le peuple kurde a survécu aux massacres, à l’exil et à la trahison. Sa résilience est une forme de résistance. La question n’est pas de savoir s’il survivra.

La question est de savoir si le monde, et en particulier l’Europe, choisira enfin d’être à la hauteur de ses principes.


LeParisNow.org
International | Droits humains | Moyen-Orient

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